Interview : Faire comprendre aux jeunes qu’ils ont leur place dans la société
À la Maison de Jeunes d’Auderghem, Pirès accompagne quotidiennement des jeunes aux parcours, aux envies et aux personnalités multiples. Animateur de terrain, il observe directement ce que les Maisons de Jeunes peuvent apporter à celles et ceux qui en franchissent la porte : un lieu où se sentir accueilli, écouté et suffisamment en confiance pour développer ses propres projets.
Pour lui, l’utilité d’une Maison de Jeunes commence par la création d’un environnement sécurisant. « Cela leur apporte un endroit où ils peuvent se sentir à l’aise, écoutés et en confiance », explique-t-il. Dans une société où les jeunes peuvent parfois avoir le sentiment de ne pas être entendus ou de devoir constamment faire leurs preuves, disposer d’un espace accessible, sans jugement, est loin d’être anodin.
La Maison de Jeunes devient alors un point de repère. Les jeunes peuvent y venir pour rencontrer d’autres personnes, participer à une activité ou simplement passer du temps dans un cadre différent de l’école et de la famille. Ils peuvent également y proposer des idées et construire des projets avec l’appui des animateurs. « Ils voient qu’il y a des personnes qui sont là pour eux et pour les aider à réaliser des choses dans leur vie », souligne Pirès.
Derrière les ateliers, les sorties, les projets artistiques ou les moments informels, le travail d’animation poursuit ainsi un objectif essentiel : permettre aux jeunes de prendre conscience de leurs capacités. À Auderghem comme dans les autres Maisons de Jeunes, les animateurs ne se contentent pas d’organiser des activités. Ils accompagnent les jeunes dans leurs réflexions, les encouragent à prendre des initiatives et les aident à transformer une envie parfois encore floue en projet concret.
Redonner de la confiance
Lorsqu’on lui demande ce qui le rend le plus fier dans son métier, Pirès évoque immédiatement les jeunes qui manquent de confiance et d’assurance. Pour l’animateur, l’une des missions les plus importantes consiste à les valoriser et à les aider à changer le regard qu’ils portent sur eux-mêmes.
« Il faut leur faire comprendre que ce sont des personnes importantes dans la société et qu’elles méritent aussi d’avoir leur place », affirme-t-il. Cette reconnaissance peut passer par de petites étapes : oser prendre la parole devant un groupe, proposer une idée, participer à l’organisation d’une activité ou montrer une création. Des gestes parfois ordinaires en apparence, mais qui peuvent représenter de grandes avancées pour un jeune qui doute de lui-même.
La réussite ne se mesure donc pas uniquement au nombre de projets organisés ou de participants accueillis. Elle se lit aussi dans les évolutions individuelles. Un jeune qui s’exprime davantage, qui ose prendre des responsabilités ou qui découvre une compétence qu’il ne pensait pas posséder témoigne du travail réalisé au quotidien.
Pour Pirès, valoriser les jeunes signifie également leur rappeler qu’ils ont quelque chose à apporter aux autres. Ils ne sont pas seulement les bénéficiaires d’une activité pensée pour eux. Ils peuvent devenir acteurs de leur Maison de Jeunes, participer à la vie collective et contribuer à leur environnement.
Empathie, bienveillance et amour
Pour résumer l’esprit des Centres de Jeunes, Pirès choisit trois mots : « empathie, bienveillance et amour ». Trois termes qui traduisent une manière particulière d’envisager le travail avec les jeunes.
L’empathie permet de comprendre les réalités vécues sans réduire un jeune à ses difficultés. La bienveillance aide à construire une relation basée sur le respect, l’écoute et l’encouragement. Quant au mot « amour », Pirès l’assume pleinement. « Cela manque d’amour dans la société », estime-t-il.
Des opportunités pour trouver sa voie
À l’occasion des 55 ans de la FCJMP, Pirès insiste également sur les portes que la Fédération et les Maisons de Jeunes peuvent ouvrir. Elles donnent aux jeunes la possibilité de se mettre en avant, de travailler sur des projets et de découvrir le monde professionnel.
Pour certains, cette première expérience peut constituer un véritable déclic. Un projet culturel, un événement, une création collective ou une responsabilité confiée au sein de la Maison de Jeunes peut permettre de découvrir un intérêt, une compétence ou une voie professionnelle.
« Cela ouvre des portes à des personnes qui ne savent pas quoi faire et leur permet de trouver quelque chose à construire dans leur vie », résume Pirès. À travers le témoignage de Pirès, c’est toute la dimension humaine du secteur qui se dessine. Celle d’animateurs présents au quotidien, attentifs aux évolutions parfois discrètes et convaincus qu’une rencontre, un encouragement ou une opportunité peuvent modifier durablement un parcours.
