Les assuétudes chez les jeunes : un enjeu de santé et d’égalité des chances
Les assuétudes chez les jeunes constituent aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique. Elles ne concernent pas uniquement la consommation de substances comme l’alcool, le tabac ou le cannabis, mais touchent aussi les écrans, les réseaux sociaux, les jeux vidéo, les jeux d’argent en ligne ou encore certains médicaments. Chez les jeunes issus de milieux populaires, ces comportements peuvent être renforcés par des conditions de vie plus précaires, un accès limité aux soins, des difficultés familiales, scolaires ou sociales, ainsi qu’un manque d’espaces d’écoute adaptés.
Les études récentes montrent une augmentation préoccupante des conduites addictives chez les jeunes vulnérables. Dans certains quartiers précarisés, la consommation régulière de cannabis ou d’alcool à risque apparaît plus fréquente que dans les milieux plus favorisés. Ces consommations ne doivent pas être comprises uniquement comme des comportements individuels, mais comme des réponses possibles à un ensemble de pressions sociales, économiques et psychologiques.
Les jeunes sont aujourd’hui confrontés à une forte pression scolaire, professionnelle et sociale. L’incertitude face à l’avenir, l’hyperconnexion, les comparaisons permanentes sur les réseaux sociaux et le sentiment d’insécurité peuvent favoriser l’anxiété. Dans ce contexte, certaines consommations ou pratiques addictives deviennent des tentatives d’apaisement, d’évasion ou d’autorégulation émotionnelle.
Les formes d’addiction évoluent également. Les écrans, les réseaux sociaux, les jeux vidéo et les jeux d’argent en ligne occupent une place croissante dans la vie des jeunes. Le phénomène de peur de manquer quelque chose, souvent appelé FOMO, pousse certains jeunes à rester constamment connectés, avec des conséquences possibles sur le sommeil, la concentration, l’estime de soi et les relations sociales.
Les risques sont multiples. Les assuétudes peuvent perturber le sommeil, fragiliser la santé mentale, diminuer les capacités d’apprentissage, réduire les interactions sociales réelles et affecter le développement physique et cérébral. La consommation de substances psychoactives peut également augmenter le risque de troubles anxieux ou dépressifs, tout en accentuant les difficultés scolaires, relationnelles ou d’insertion sociale.
Face à ces constats, la prévention doit être pensée de manière globale, inclusive et non culpabilisante. Il est essentiel de renforcer l’éducation à la santé, de travailler sur la gestion des émotions, de former les adultes en contact avec les jeunes au repérage des signes de mal-être ou d’addiction, et de créer des espaces de parole accessibles.
Les Centres et Maisons de Jeunes ont ici un rôle central à jouer. Par leur proximité avec les jeunes et leur connaissance des réalités locales, ils peuvent devenir des relais essentiels de prévention, d’écoute et d’orientation. Ils permettent d’aborder ces questions dans un cadre moins institutionnel, plus accessible et souvent plus sécurisant pour les jeunes.
Il est également nécessaire de développer des partenariats avec des professionnels de la santé mentale, de l’addictologie et du travail social, afin d’améliorer l’accès aux soins et de construire des réponses adaptées aux réalités des jeunes en milieu populaire. Les activités sportives, culturelles et socioculturelles constituent aussi des alternatives positives, en renforçant le lien social, l’estime de soi et le sentiment d’appartenance.
Prévenir les assuétudes, ce n’est donc pas seulement informer sur les risques. C’est aussi agir sur les déterminants sociaux de la santé, renforcer les ressources des jeunes, soutenir leur pouvoir d’agir et lutter contre les inégalités. Plus qu’une question de consommation, les assuétudes interrogent notre capacité collective à offrir à chaque jeune des conditions de vie, de soutien et d’épanouissement dignes et accessibles.
Le texte intégral rédigé par Ludovic Emmada, Responsable pédagigique, est à retrouver dans notre magazine, POP n° 186.
Une formation « santé mentale et assuétudes » est programmée en septembre 2026.
