Interview de Julie Delbascourt, responsable de projets du CRéSaM.
Nous avons eu la chance de rencontrer Julie dans le cadre de la première formation en santé mentale de la FCJMP “Santé mentale des jeunes : comprendre, détecter, relayer” les 03 et 10 février 2026 à l’attention des travailleurs de jeunesse. Pour la FCJMP, Julie raconte son parcours, ses missions et sa vision de la santé mentale. Nous la remercions grandement pour ses partages et nous vous souhaitons une bonne lecture !
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots et préciser votre lien avec la santé mentale (parcours professionnel, associatif ou personnel) ?
Je suis assistante sociale de formation, avec un master en sociologie de l’intervention sociale. J’ai « atterri » dans le secteur de la santé mentale à la sortie de mes études de sociologie. J’ai d’abord travaillé cinq années comme responsable de projets pour une fédération d’associations de patients en santé mentale, et j’ai ensuite intégré l’équipe du CRéSaM où j’y exerce, depuis 2017, une fonction de responsable de projets. Ce qui m’amène à clarifier les missions du CRéSaM – Centre de Référence en Santé Mentale qui, à travers ses différents projets, soutient les professionnels œuvrant dans le secteur des soins de santé mentale et/ou dans un secteur connexe (logement, insertion socioprofessionnelle, aide à la jeunesse, etc). Ce soutien, cet appui, se traduit notamment par des formations adressées aux professionnel·les de l’aide et des soins, sur les questions de santé mentale bien sûr, mais aussi via la recherche-action, un observatoire des pratiques en santé mentale, ainsi qu’une importante veille documentaire et politique sur les questions de santé mentale. Pour avoir un bon aperçu de nos projets et de nos missions, et rester informé·e, je suggère aux professionnel·les de s’inscrire à notre newsletter mensuelle (inscription via le site www.cresam.be – tout en bas de la page d’accueil).
Vous avez dit « santé mentale » ?
Quand on cherche à définir la santé mentale, il suffit d’un simple clic sur Google et l’on se retrouve rapidement confronté·e à une pluralité de définitions. Ces définitions varient selon la discipline scientifique mobilisée (psychiatrie, psychologie, sociologie ou encore anthropologie) et le contexte culturel dans lequel nous vivons. Certes, on ne définit pas la santé mentale de la même façon dans nos pays occidentaux qu’en Asie ou encore, sur le continent africain. Nous pointerons donc ici les définitions proposées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), notamment parce que cet univers référentiel, incarné par l’OMS, influence nos politiques de santé et de santé mentale et, par ricochet, nos représentations du monde. Tout d’abord, si l’on s’arrête sur la définition de la santé, l’OMS nous dit ceci : « la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité » (OMS). Après s’être autorisé un pas de de recul critique sur la dimension de complétude mise en avant dans cette définition, celle-ci a tout de même le mérite de mettre en avant une notion clé au cœur de l’approche contemporaine de la santé mentale : elle nous concerne toutes et tous ! Au même titre que la santé physique, nous avons toutes et tous une santé mentale. Souvent envisagée à tort sous le seul prisme négatif, à travers lequel la santé mentale est vue comme un « problème », la santé mentale fait en réalité partie de chaque être humain qui, à ce titre, la vivra singulièrement. La santé mentale est donc une réalité singulière, et en mouvement, qui évolue au fil de nos expériences de vie, de notre personnalité, de notre environnement social, familial, professionnel, mais aussi du contexte socioéconomique, politique et culturel. Il n’y a donc plus, aujourd’hui, des gens en « bonne santé mentale » et en « mauvaise santé mentale », comme le véhiculaient la plupart des représentations sociales du siècle dernier (on peut se réjouir de cette évolution !). Dans son approche contemporaine, on peut donc tenter de résumer la santé mentale de la façon suivante : « il s’agit d’ un état d’équilibre psychique et émotionnel qui, à un moment donné, fait que nous sommes bien avec nous-mêmes, que nous avons des relations satisfaisantes avec autrui et que nous sommes capables de surmonter les tensions normales de la vie » (CRéSaM). Cet équilibre, cela peut être le travail de toute une vie, ou parfois même d’une journée ! Des événements heureux, des petites ou grandes épreuves, des stresseurs aussi, vont ainsi marquer notre existence et par rapport auxquels nous ne serons pas toutes et tous égaux. En fonction des facteurs de protection sur lesquels nous pourrons nous appuyer, et des risques/obstacles auxquels nous allons être confronté·es, nous n’allons pas réagir de la même façon. L’âge auquel nous allons être confronté·es à des épreuves, des challenges, va aussi influencer nos façons d’y réagir et de les « assimiler ». Ainsi, être un·e adolescent·e aujourd’hui n’implique pas les mêmes réalités que celles d’une personne adulte âgée de 30 ans, 45 ans ou encore, 70 ans ! Chaque période de la vie présentera son lot de spécificités. Notre lien à l’autre, notre besoin d’appartenance, d’estime et d’amour, les enjeux identitaires qui peuvent nous traverser ou encore, notre place tant convoitée « dans la vie » et sur l’échiquier social, ne s’actualiseront pas de la même manière en fonction des âges et des grandes périodes de la vie. Aujourd’hui, un·e adolescent·e va pouvoir compter sur des facteurs de protection à différents niveaux. Individuels, certainement, avec sa santé biologique tout à lui/elle, ses compétences émotionnelles et sociales, ses expériences de vie et ses habitudes de vie et de consommation, par exemple. Mais aussi et surtout, à cette période de la vie, les ados vont s’appuyer sur des facteurs relationnels, véritable ressource pour elles·eux. En effet, s’il y a bien quelque chose à laquelle les jeunes sont accros aujourd’hui, ce sont leurs ami·es ! Si l’environnement familial secure et protecteur, à différents niveaux, fournit à l’adolescent·e une solide ressource dans la vie, c’est aussi par la reconnaissance de ses pairs que l’adolescent·e va se construire… et s’autonomiser progressivement vis-à-vis de ses parents. A cette période charnière de la vie, les principaux facteurs de risque auxquels il sera confronté seront, notamment, la confrontation à l’adversité, la pression pour se conformer aux pairs (avec l’émergence de pratiques « à risque » ou l’expérience malheureuse d’être exclu·e socialement lorsque l’ado ne correspond pas à son groupe de pairs), et l’exploration de l’identité en général. Constitutives de l’identité (mais non obligatoires !), ces prises de risque ne doivent cependant pas verser dans les conduites de rupture (rupture vis-à-vis de soi/déliaison, ou destructivité des autres/de son environnement). Rassurons-nous, tous·tes les adolescent·es ne traverseront pas cette période avec difficulté ou dans la souffrance, fort heureusement ! Mais pour certain·es, ce sera plus difficile et il est important qu’ils·elles puissent compter sur des adultes. Face à la détresse de certain·es jeunes, les intervenant·es peuvent légitimant se sentir impuissant·es. Et pourtant, leurs moyens d’action ne sont pas nuls : lorsqu’il s’agit de santé mentale, le premier pouvoir est la posture que nous adoptons, et le discours que nous tenons aux jeunes vis-à-vis de leurs difficultés psychiques. En ce sens, notre discours est agissant et peut réellement ouvrir un dialogue avec les jeunes. Un dialogue où ils·elles ne se sentent pas jugé·es, et pas pris·es pour des « fous », des « folles », un dialogue où ils·elles peuvent aussi apprendre à identifier leurs facteurs de protection et les ressources qui existent en eux·elles et autour d’eux·elles ! Pas besoin d’être un « psy » pour cela, mais s’informer et se former peut permettre aux professionnel·les de se sentir plus à l’aise, plus armé·es pour parler santé mentale avec les jeunes de façon « décomplexée ». Certaines situations peuvent être remuantes, et nous toucher fortement. Il est important de s’équiper et de se réassurer vis-à-vis du rôle que l’on peut jouer, à son échelle et au quotidien, auprès des jeunes. L’objectif est aussi qu’en cas de difficulté, un jeune ose demander de l’aide parfois plus spécialisée auprès d’un·e psychologue, d’un·e infirmier·e ou encore, d’un médecin généraliste. Les intervenant·es jeunesse peuvent être ce relais essentiel.
Depuis 2022 et grâce au soutien de l’Union européenne, le CRéSaM propose gratuitement des formations et sensibilisations à la santé mentale pour tous·tes les professionnel·les non spécialisé·es actif·ves auprès des jeunes.
Intéressé·es ? Contact & infos :
- CRéSaM ASBL – Centre de Référence en Santé Mentale : www.cresam.be
- Julie Delbascourt – j.delbascourt@cresam.be – 081/25 31 49
- Page web : www.cresam.be/thematique/ecole/

